LOUIS PASTEUR
Conférence de Guy Busselet le 19/11/2008
Une des figures les plus célèbres de la Science
Le génie a parfois des débuts déconcertants par leur sublimité. Tels celui de Pascal, ou encore de Mozart. Tel n’est pas le génie de Pasteur. Ses commencements furent plutôt modestes, et par là, il est assez près de nous.
Louis Pasteur est né à Dole, en Franche-Comté en 1822, le 27 Décembre…il devait vivre jusqu’à près de 75 ans ; il est mort le 28 Septembre 1895 …Il faut bien rappeler ces dates car c’est sans beaucoup de générosité que sont célébrés les anniversaires marquants de son existence. Mais l’ingratitude n’est-elle pas le propre des hommes ?
Aussi voudrais-je, simplement ce soir, vous faire découvrir non pas tant l’homme de science –même si j’y dois faire souvent référence- mais l’homme tout court, attentionné, généreux parfois imparfait. Ses élèves qui l’admiraient, qui avaient en lui une confiance absolue, qui le considéraient comme une force de la nature, à ce point tellement pur, tellement grand, qu’ils voyaient en lui quelque chose de surhumain qui faisait qu’ils ne pouvaient le regarder ni l’entendre sans une émotion inexprimable, s’accordaient généralement pour admettre qu’il avait mauvais caractère.
Et pourquoi eussent-ils voulu qu’il ait l’air commode : il était l’apôtre des sciences exactes et il faudrait l’avoir vu vivre la grande seconde, où soudain l’X probable prenait à ses yeux l’aspect d’un « OUI » formel et péremptoire, il faudrait avoir vu son visage alors blêmir et devenir à la fois admiratif et heureux, pour comprendre l’horreur qu’il avait du scepticisme. Ceux qui doutaient, lui étaient odieux, parce qu’ils lui faisaient mal, parce qu’ils le retardaient sans lui être jamais d’aucune utilité.
Il aurait voulu formuler certains reproches qu’il avait à faire à son pays, sans paraître pour cela trop grognon, mais on trouvait déjà qu’il se plaignait trop – il a longtemps, sinon toujours, souffert « du dédain que la France avait pour les grands travaux de la pensée ». Durant toute sa vie il a fait la guerre à la routine… et on a souvent parlé de lui comme d’un illuminé. Comme il lui fallait aimer son pays pour avoir la force d’en supporter les faiblesses ! Et si parfois ses élèves le voyaient triste et maussade, n’était-ce pas parce qu’il n’avait pas toujours la force de se mettre en colère ?
Découragé, jamais … fatigué quelquefois
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Comme le soulignait un jour l’ancien maire de Dôle, Jacques DUHAMEL, PASTEUR n’était pas médecin. Cependant, il ouvrit une ère nouvelle à la médecine qu’il a transformée au moins à trois égards. D’abord pour lui, la maladie a cessé d’être un mystère. Il apporta la preuve que certaines maladies étaient dues à la prolifération de microbes. Elles pouvaient être rattachées à un élément concret, analysable, et devenaient dès lors susceptibles d’être efficacement combattues. Ensuite avec PASTEUR, la recherche commença à être appliquée. Il ouvrit, par le laboratoire biologique, le chapitre infini du progrès médical. Il traça ainsi la voie qui permet aujourd’hui de supprimer de la nomenclature des maladies mortelles, les septicémies, la tuberculose, pour n’en pas citer d’autres. Enfin, avec Louis PASTEUR, la médecine est devenue collective. Sa science l’a conduit à inventer, et son audace à appliquer la première méthode de protection sociale contre la maladie : la vaccination. Ainsi, des millions d’êtres humains peuvent-ils désormais échapper à la mort.
C’est donc, il y a presque 186 ans que naissait Louis PASTEUR dans une modeste maison de la rue des Tanneurs à Dôle, dans la basse-ville, au bord des anciennes fortifications et auprès de l’ancien fossé de Charles-Quint qui porte depuis longtemps le nom de Canal des Tanneurs, maison dans laquelle est aujourd’hui installé le musée où sont groupés les souvenirs principaux légués par la famille Pasteur et où l’œuvre de Louis Pasteur est présentée dans une suite logique.
C’est devant cette maison que le 14 Juillet 1883, PASTEUR devait prononcer le discours devenu depuis célèbre pour l’inauguration de la plaque commémorative de sa naissance.
Qui ne se souvient, en effet, du moins parmi ceux qui ont fréquenté l’école primaire il y a quelques dizaines d’années, de ce texte qui servit souvent de dictée : « Oh ! mon père et ma mère ! Oh ! mes chers disparus … C’est à vous que je dois tout ! … »
Le texte est gravé sur une grande plaque de calcaire jurassique extraite des carrières du Mont-Roland. Il faut savoir qu’en 1882, PASTEUR était devenu très célèbre par ses expériences retentissantes sur le charbon. Le 14 Juillet 1883, il arrive donc de Paris par le train, assiste à un banquet donné en son honneur, et se rend, avec le cortège des personnalités jusqu’au pied de la maison natale, en face de laquelle deux estrades sont dressées ; la foule est nombreuse ; la rue, très étroite, est bien encombrée. Deux fillettes récitent un compliment ; et après l’allocution du maire, PASTEUR veut lire le discours qu’il avait préparé.
Il commença par remercier, protestant contre cet excès d’honneur. Puis, évoquant le souvenir de ses parents, son émotion fut à son comble, sa voix s’étrangla et il fondit en larmes. Son fils lui prit les feuillets des mains et en fit la lecture. On s’est longtemps souvenu à Dôle de ce moment émouvant où l’on vit -contraste étonnant- un homme habitué aux sociétés scientifiques, aux tribunes officielles, manifester une telle émotion en rappelant le souvenir de ses parents.
PASTEUR était un Franc-Comtois de souche ; il descendait d’une vieille famille paysanne comtoise et on retrouve en lui les qualités de sérieux, d’acharnement, de sens des réalités qui caractérisent les habitants de cette province -il gardera toujours fervent l’amour du pays natal- Fidèle aux traditions populaires, il venait chaque année à la fête du Biou : cérémonie fort ancienne par laquelle on porte à l’église en procession les premiers raisins cueillis, le premier dimanche de Septembre.
Tous les étés, il trouvait un peu de temps pour revenir en Arbois ; on lui faisait parfois remarquer qu’il aurait pu passer ses vacances dans une maison plus confortable ; invariablement il répondait : « Tout cela ne vaudrait pas ma rivière ».
Avant de parler de la parler de la vie familiale de PASTEUR, il faut bien retracer sa carrière.
C’est à Arbois que débutent ses études, à l’école primaire.
En 1838 il part à Paris pour les terminer, le collège d’Arbois n’ayant pas de classes terminales. Mais il supporte mal l’éloignement, et c’est en tant qu’élève du collège Royal de Besançon, actuel lycée Victor Hugo, qu’il est bachelier ès-lettres le 28 Août 1840. L’année suivante, il s’inscrit en mathématiques spéciales et en 1842, il retourne à Paris. Elève appliqué et consciencieux, énergique et volontaire, il suit les cours du lycée Saint-Louis et commence à fréquenter la Sorbonne. Il est reçu au concours d’entrée à l’Ecole Normale et se retrouve rue d’Ulm.
En 1875, il est licencié ès-sciences ; l’année suivante agrégé de sciences physiques, et le 28 Août 1847, il devient Docteur ès-sciences, et à la fin de l’année, chargé de cours de chimie à la faculté des sciences de Strasbourg … il épousera, le 29 Mai 1849, la seconde fille du recteur : Marie Laurent. Il est aussi chargé du cours de chimie générale à l’école de pharmacie.
Dans l’intervalle, en 1848, PASTEUR avait quitté un instant son laboratoire pour se précipiter dans les rues de Paris, en spectateur fervent de la révolution de Février. Il se fait même garde national, et écrit à ses parents : « Ce sont de beaux et sublimes enseignements que ceux qui se déroulent ici sous les yeux ; s’il le fallait je me battrais avec courage pour la Sainte cause de la République ».
En 1854, PASTEUR se voit confier la charge de Doyen de la Faculté des Sciences de Lille, que le gouvernement venait de créer : il organise l’enseignement de la chimie sur de nouvelles bases, faisant manipuler ses élèves et créant les travaux pratiques. Il les conduit aussi dans les usines et leur montre les applications de la science. C’est ainsi qu’il fait la connaissance d’industriels qui lui demandent des conseils ; il est amené à étudier le phénomène de la fermentation et découvre progressivement le rôle fondamental des micro-organismes, après avoir travaillé sur l’acide tartrique qui s’extrait des résidus des tonneaux de vin et que PASTEUR connaissait bien, de par son origine arboisienne. Parallèlement, il étudie la fermentation butyrique, et la fermentation lactique et profite de ses vacances à Arbois pour étudier les maladies du vin ; il en explique le vieillissement et pourquoi certains se piquent ou deviennent amers ; pour détruire les fermentations chimiques indésirables qui provoquent ces phénomènes, il trouve un remède : le chauffage à 60°, qui tue les ferments nuisibles sans altérer la qualité du vin. Cette même méthode appliquée au lait et à toutes les boissons fermentées, en évite l’altération : la « pasteurisation » est née.
En Octobre 1857, PASTEUR est rappelé à Paris, pour diriger les études scientifiques de l’école normale supérieure. C’est là qu’il est obligé d’installer son laboratoire dans un grenier. C’est alors que commence une des périodes les plus ardentes de sa vie scientifique, une de celles où il se lance avec fougue dans la querelle des générations spontanées. Ayant découvert le rôle des êtres microscopiques, PASTEUR en recherche la provenance. La doctrine alors admise enseignait que ces ferments naissent de la destruction de la matière dans la fermentation. Mais PASTEUR en vient rapidement à penser qu’ils obéissent aux mêmes lois que les êtres vivants plus évolués et qu’il n’y aurait pas création de vie, pas apparition spontanée d’êtres vivants.
On a peine à comprendre aujourd’hui la réaction passionnelle déclenchée par ces travaux. Il faut savoir qu’ils comportaient des prolongements philosophiques qui heurtaient l’opinion dominante dans les milieux scientifiques de l’époque. Pourtant PASTEUR n’a jamais voulu envisager le problème sous un angle métaphysique, se contentant d’expérimenter, d’observer, et de conclure : « Il n’y a ici ni religion, ni philosophie, ni athéisme, ni matérialisme, ni spiritualisme qui tienne ».
Les milieux scientifiques sont partagés entre deux tendances ; PASTEUR entre dans la lutte, une lutte de quatre années qui se termine par une dernière bataille livrée au Muséum, et dans laquelle triomphent les idées de PASTEUR : la théorie de la génération spontanée est abandonnée !
Nous sommes en 1867, à trois ans de la guerre.
En 1862, PASTEUR avait été élu à l’Académie des Sciences ; en 1873 il le sera à l’Académie de Médecine, puis en Décembre 1881 à l’Académie Française où le mort de Littré avait laissé une place vacante. Plusieurs académiciens appréciaient en effet ses « communications », non seulement pour le fond, mais pour leur forme si pure et si précise.
Alexandre DUMAS, avant l’élection, n’avait même pas voulu qu’il se dérangeât pour lui faire la traditionnelle visite : «Je défends, avait-il dit, à PASTEUR de venir chez moi. J’irai le remercier moi-même de bien vouloir être des nôtres ».
Renan exprima tout de suite le désir de le recevoir et c’est le 27 Avril 1882 qu’il l’accueillait sous la coupole du Quai Conti en ces termes :
« Il y a quelque chose que nous savons reconnaître dans les applications les plus diverses ; quelque chose qui appartient au même degré à Galilée, à Pascal, à Michel-Ange, à Molière, quelque chose qui fait la sublimité du poète, la profondeur du philosophe, la fascination de l’orateur, la divination du savant. Cette base commune de toutes les œuvres belles et vraies, cette flamme divine, ce souffle indéfinissable qui inspire la science, la littérature et l’art, nous l’avons trouvé en vous, Monsieur : c’est le génie ».
Dans son discours de remerciements, faisant l’éloge de son prédécesseur, PASTEUR développa sa conception de l’idéal et exalta le culte de l’infini. Il sut élever son propos au niveau des hauteurs morales, métaphysiques et religieuses que sa grande âme était capable d’atteindre.
Simultanément PASTEUR a poursuivi et achevé ses travaux sur les fermentations, entrepris une étude sur les maladies des vers à soie : la Pébrine et la Flacherie. N’oublions pas que grâce aux instructions du savant, les ravages des maladies des vers à soie qui avaient, en 1865, frappé les élevages du département du Gard ont été enrayés et la prospérité rendue aux populations séricicoles du midi.
Il présente également ses travaux sur le charbon, son étude des maladies virulentes et contagieuses qu’il était persuadé être dues à des germes transmissibles.
Les idées nouvelles de PASTEUR, finirent par pénétrer chez les médecins, mais malgré l’énergie qu’il met à les combattre, les traditions médicales résistent en partie à ses découvertes. C’est au cours de ces travaux que les être unicellulaires pathogènes sont appelés pour la première fois « microbes » (1978 – Sédillot)
Le choléra des poules et le rouget du porc font aussi l’objet de travaux expérimentaux très importants de Louis PASTEUR.
C’est alors que naît, en médecine et chirurgie une science nouvelle : « la bactériologie ».
Et en 1880 commencent, non sans de grosses difficultés, les travaux sur la rage. Le microbe est invisible avec les moyens de l’époque (le microscope électronique n’existe pas), on ne peut le cultiver, et la préparation d’un vaccin semble impossible. Mais PASTEUR trouve le moyen d’atténuer le virus et met au point la méthode d’atténuation qui va permettre de vacciner des chiens.
Quand voilà que le 6 Juillet 1885, alors qu’il estimait que ses expériences n’avaient pas été assez de fois renouvelées pour passer à l’application sur l’homme, se présente à son laboratoire un sujet mordu plusieurs jours auparavant par un chien enragé : il s’agit d’un enfant qui porte quatorze blessures.
C’est une minute doublement déchirante pour PASTEUR, une minute qu’il attendait mais qu’il n’espérait pas. Il pensait bien qu’un jour, en effet, la chose arriverait et qu’on lui amènerait un être humain, mais l’idée que ce serait un enfant -- un enfant de neuf ans – ne lui était jamais venue, à lui qui disait : « quand j’approche un enfant, il m’inspire deux sentiments – celui de la tendresse pour le présent, celui du respect pour ce qu’il peut être un jour ».
Il ressent l’étreinte d’une angoisse très grande … indéfinissable. Oui, il était catégorique depuis des mois, il était sûr d’avoir trouvé … mais il ne s’agit plus d’expériences, à présent, il ne s’agit plus d’attendre pour savoir s’il a complètement raison : il doit avoir raison, la vie d’un petit garçon est en jeu . Toutes les critiques qui lui avaient été faites … et qu’il avait voulu dédaigner … toutes lui reviennent à l’esprit avec une très grande précision.
PASTEUR hésite un moment, mais après avoir pris l’avis des médecins qui le conseillaient, le professeur VULPIAN de la Salpétrière et le professeur GRANCHER de l’hôpital des enfants malades, il décide de commencer le traitement le soir même ; l’attente va durer quatorze jours … quatorze nuits d’angoisses, de craintes, d’espérances.
Joseph MEISTER fut sauvé. Le 20 Octobre, ce fut le jeune berger JUPILLE, et une semaine plus tard, onze victimes des morsures de divers chiens enragés étaient en traitement chez l’illustre savant.
Au nombre de ces victimes figurait un jeune garçon qui était né quatorze ans plus tôt aux confins des Charentes et du Périgord, et je voudrais consacrer quelques instants au récit de l’accident dont il avait été victime.
Son père est entrepreneur de diligences à Mareuil, en Dordogne – Le mardi 27 Octobre, au moment où la diligence entre sous la remise, le gamin s’élance pour ouvrir la portière -- Tout à coup un chien de berger se jette sur l’enfant et le mord à l’avant-bras droit. Trois dents s’incrustent dans les chairs. On le conduit aussitôt chez le médecin du coin, ancien chirurgien de la marine établi à Mareuil, et celui-ci cautérise la plaie avec de l’acide phénique pur. C’était la thérapeutique de l’époque. L’autopsie du chien, qui fut tué le lendemain, devait démontrer que l’animal était hydrophobe. Peu confiant dans l’efficacité de la cautérisation, le médecin télégraphie à PASTEUR, et le samedi matin, le jeune mordu part pour Paris, accompagné de son frère âgé de 22 ans.
PASTEUR les installa dans le logis d’un de ses garçons de laboratoire, et le traitement commença aussitôt; au bout de trois semaines, l’enfant pouvait retourner chez ses parents, complètement préservé et guéri.
Vous me pardonnerez, je pense, de m’être quelque peu attardé sur son cas, lorsque je vous aurai dit qu’il devait devenir mon grand-père.
Les malades continuaient d’affluer au laboratoire de la rue d’Ulm, et il devenait impossible d’y poursuivre sérieusement la recherche scientifique. Le 1er Mars 1886, PASTEUR demande, devant l’ Académie des Sciences que soit fondé un établissement correspondant aux besoins ; une souscription est ouverte, et le 14 Novembre 1888, Sadi Carnot, Président de la République, inaugure, dans le quartier Vaugirard, l’Institut Pasteur, à la création duquel il ne devait survivre que sept années.
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Malgré l’intensité de son travail scientifique, Louis PASTEUR s’est toujours arrangé pour consacrer un peu de temps à sa famille et à ses enfants. En 1863, Madame PASTEUR écrivait au grand-père resté à Arbois : « c’est un père de famille modèle, qui tout en travaillant beaucoup, trouve encore le moyen de consacrer chaque jour un instant à bercer son nouveau-né et à prendre soin de sa fille ».
J’ai dit, en effet, qu’il avait épousé Marie-Laurent la fille du Recteur de la Faculté des Sciences de Strasbourg le 29 Mai 1849.
Il eut la chance d’être heureux dans son foyer familial comme il l’avait été chez ses parents sans y avoir été pour autant gâté : le père était sévère, exigeant, mais juste ; la mère apportait de grandes qualité de tendresse, d’enthousiasme, de spontanéité.
Prenant pour modèle, l’image de ce foyer laborieux, PASTEUR fait un mariage d’amour.
Madame PASTEUR a tout de suite compris que sa vie serait une vie de sacrifice. Elle se consacre à son mari, renonçant à toute vie personnelle ; elle lui sert de secrétaire, prépare et recopie ses communications -- Elle trouve toujours le mot qui réconforte quand il a des difficultés -- Elle est toujours pour lui la meilleure des compagnes.
Ses trois premiers enfants naîtront à Strasbourg : Jeanne le 2 Avril 1850, Jean-Baptiste le 2 Novembre 1851, Cécile, le 1er Octobre 1853. Deux autres viennent au monde à Paris : Marie-Louise le 19 Juillet 1858 et Camille, en Juillet 1863.
Hélas ! que de deuils vinrent frapper cette exemplaire famille : en 1859 c’est Jeanne, la fille aînée, qui est emportée par une typhoïde contractée à Arbois. En Septembre 1865, c’est la plus jeune, la petite Camille qui meurt à deux ans d’une maladie infantile, suivant de trois mois son grand-père, Jean-Joseph PASTEUR, décédé en Juin, à 74 ans.
Enfin, en 1866, Cécile, âgée de 12 ans disparaît à son tour d’une typhoïde aussi -- PASTEUR, retenu dans le midi de la France, écrit à sa femme une lettre pleine de tendresse : « Ils mourront donc tous, nos chers enfants …».
Les trois enfants disparues sont inhumées côte à côte au cimetière d’Arbois et PASTEUR a, bien sûr, connu de grandes souffrances morales en voyant se fermer ces trois petites tombes. La perte de chaque être cher lui a été l’occasion d’exprimer sa spiritualité.
C’est un sujet qui a été controversé, chacun cherchant à trouver dans l’immense œuvre écrite du savant, ce qu’il voulait y trouver -- PASTEUR a toujours affirmé qu’il croyait en Dieu, qu’il croyait en une vie surnaturelle, et il a exprimé au moment de la mort de ses enfants, sa conviction de les retrouver dans un autre monde.
Ecrivant à Sainte-Beuve, il expliquait : « Ma philosophie est toute du cœur et point de l’esprit … » mais il ne faut pas, de ses divers écrits, déduire qu’il a mêlé dans sa pensée, ses convictions spiritualistes et ses recherches scientifiques -- Ce sont deux domaines distincts qui se juxtaposent mais en se confondent pas.
Il s’était, dès l’âge de 18 ans, éloigné de la pratique religieuse, mais à la fin de sa vie, sous l’influence de son épouse, il y était progressivement revenu.
Le 19 Octobre 1868, à 46 ans, il fait une attaque d’hémiplégie gauche, qui le laissera paralysé partiellement, l’empêchant de participer, comme il l’aurait voulu, à la guerre de 1870, dans les combats de laquelle son fils âgé de 18 ans s’était volontairement engagé. Il assiste, impuissant, à l’invasion, au siège de Paris, et à la retraite, dans le Jura, de l’Armée de Bourbaki.
Le 15 Octobre 1874, son fils se marie et cinq ans après, le 4 Novembre 1879, c’est sa fille Marie-Louise qui épouse René VALLERY-RADOT, lequel deviendra le biographe de son beau-père duquel il sera un peu comme le Secrétaire particulier.
En 1887, nouvelle attaque de paralysie ; s’il garde sa belle intelligence, il se sent diminué, il ne peut plus poursuivre ses travaux, et vient terminer sa vie à l’Institut Pasteur où il s’installe au milieu de ses élèves, entrant dans l’appartement qui lui a été préparé, avec « la poignante mélancolie d’y entrer comme un homme vaincu du temps ».
Jusqu’en 1894, il passe chaque été à Arbois. En 1895, sa santé ne lui permet plus de faire le voyage. Il s’installe à Villeneuve l’Etang, derrière le parc de Saint-Cloud, dans l’annexe de l’institut Pasteur - Ses forces le quittent progressivement. A la fin de Septembre, il ne peut plus quitter son lit, et très doucement, le 28, il s’éteint, au milieu de sa famille et de ses élèves, en tenant entre ses mains, celles de Marie PASTEUR, qui n’a cessé de le veiller.
Il avait, depuis quinze ans déjà, rédigé un testament poignant dans sa simplicité. Je ne résiste pas au désir de vous en donner lecture : « Ceci est mon testament. Je laisse à ma famille tout ce que la loi me permet de lui laisser. Puissent mes enfants ne jamais s’écarter du devoir et garder touours pour leur mère la tendresse qu’elle mérite». C’est signé : Louis PASTEUR.
Ses funérailles seront célébrées le 7 Octobre à Notre-Dame en présence du Président Félix Faure. Le discours est prononcé par Raymond POINCARE, Ministre de l’Instruction publique. Il repose dans une crypte aménagée dans le sous-sol de l’institut PASTEUR.
En effet, on proposa à la famille d’inhumer Louis PASTEUR au Panthéon, mais elle fit remarquer qu’il avait toujours exprimé le désir de rester au milieu de ses élèves. On déféra donc à cette dernière volonté et c’est l’architecte GIRAUD, grand prix de Rome, qui fut choisi pour diriger les travaux de construction de la chapelle funéraire. Il s’inspira du tombeau de GALLA Placidia à Ravenne et édifia un ouvrage orné de marbres et de mosaïques.
Il a voulu offrir, au repos de celui qui avait donné sans compter ses forces, son intelligence créatrice pour contribuer à l’amélioration du sort de l’homme, un cadre digne de l’admiration du monde entier.
Marie PASTEUR conservera son appartement, restant au milieu des élèves comme une mère vénérée, jusqu’en 1910, année où âgée de 84 ans, ayant toujours la plénitude de son intelligence, elle s’est endormie, « dans une mort aussi belle que fut sa vie ». Elle repose auprès de la tombe de celui dont elle fut la compagne admirable, sous une simple dalle de marbre blanc, sur lequel la piété de ses enfants a écrit ces simples mots :
Ici repose Marie PASTEUR
1826 – 1910
SOCIA REI HUMANAE ATQUE DIVINAE
(compagne dans la vie humaine comme dans la vie divine)
Marie PASTEUR s’est donc éteinte aussi simplement qu’avait été simple la fin de son mari, ce savant de génie, homme pétri d’enthousiasme et de volonté : l’enthousiasme, la forme la plus belle et la plus haute de l’amour, l’amour de l’idéal, indispensable à toute création féconde, et la volonté, seule capable avec l’énergie, la ténacité, le courage en somme, de faire franchir les obstacles et de permettre de mener à bien les tâches difficiles.
Et c’en était une - difficile oh ! combien - que celle entreprise par PASTEUR. Sa gloire aura été d’avoir, avec son haut esprit et son grand cœur, considérablement diminué les limites de la maladie et de la mort, mais aussi et surtout, celles d’un mal encore plus poignant: la souffrance humaine.